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Clavinova, mon ami

3 février 2013, 22:41, par Valentin Villenave

Bonjour,
je rejoins votre opinion sur plusieurs points mais mon expérience d’enseignant m’a amené à envisager la question sous un angle opposé au vôtre : avoir _conscience_ que l’instrument électronique en plastique qu’on a sous les doigts n’est _pas_ un piano, requiert en premier lieu... de savoir ce qu’est un piano, et de connaître l’instrument authentique dans toute sa richesse. Et ce savoir, c’est _précisément_ dans les premières années qu’il est crucial de l’acquérir.

Ce qui m’amène donc à deux remarques : tout d’abord lorsque vous estimez — à juste titre — que sont nécessaires un "rêve" et un "brin d’imagination" (c’est plus qu’un brin à mon avis), vous faites du piano une lecture d’adulte, voire de pianiste déjà expérimentée (même à un petit niveau, ce n’est pas la question). Or ce dont je parle ici, et c’est ma deuxième remarque, c’est le rôle de tout professeur qui est de faire découvrir à ses élèves des richesses dont ils n’auraient jamais, sans lui, soupçonné l’existence. Les élèves qui ne disposent, pour travailler, que d’un clavier électrique, non seulement ne retrouvent pas chez eux (et comment le pourraient-ils) le travail en finesse et en exigence qui leur est demandé en cours, mais n’en voient même plus l’utilité, puisque c’est un monde (tactile, auditif) auquel ils n’ont pour ainsi dire pas accès.

En d’autres termes, les élèves qui n’ont pas de véritable piano n’ont en général aucune envie de découvrir "le" vrai piano, ni même de progresser d’un point de vue musical ou technique. Circonstance bien souvent aggravée, je parle encore d’expérience, par le contexte socio-familial dont le clavier électronique est indice : une famille dans laquelle l’on ne voit pas l’intérêt de "s’encombrer" d’un véritable piano (j’en veux pour illustration bon nombre de commentaires ci-dessus), tend à être une famille dans laquelle la pratique de la musique est condamnée à rester un vague loisir le plus inoffensif et le moins astreignant possible, plutôt qu’un moyen d’expression à part entière.

Je ne considère jamais qu’aucun élève (ni aucune personne en général) est condamné à la médiocrité, et j’accepte évidemment dans ma classe les élèves qui ne disposent pas d’un piano ou (même) d’un clavier chez eux. Mais un élève qui parvient à progresser et s’exprimer en partant de ces conditions, réussit en dépit des circonstances, et non grâce à elles — et n’en est que plus digne d’éloges.

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