[Le Site] (de Valentin Villenave.)

Petit galop tritonal

pour piano à six mains et quatre fesses

mercredi 11 novembre 2015, par Valentin Villenave

Cette pièce extrêmement brève et (supposément) amusante a été écrite rapidement pour servir de conclusion à une soirée Oumupo au printemps 2015.

( 916 mots.)

1 Voici une plaisanterie musicale (d’une durée inférieure à une minute, les plus courtes étant les meilleures) que j’ai hésité à publier ici ; je l’ai rédigée en une soirée pour servir de conclusion à l’un de nos « mardis de l’Oumupo », consacré au compositeur franco-tchèque Antoine Reicha avec la participation du pianiste et musicologue Jean-François Ballèvre. C’est donc à cette occasion, le 3 mars 2015, que la présente partition a été créée, avec la complicité de mon collègue Oumupien Martin Granger. En voici l’enregistrement (une captation intégrale est disponible ici).

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Petit galop tritonal
Licence Art Libre © Valentin Villenave, 2015.
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Petit galop tritonal — code source LilyPond
Licence Art Libre © Valentin Villenave, 2015.

Historique et description

[Cliquez pour déplier.]

4 Pendant la saison 2014-2015, le collectif Oumupo que j’anime depuis 2011 s’est vu accorder (puis retirer, sans un mot d’explication) l’insigne honneur d’animer des soirées publiques régulières à la Bibliothèque nationale de France : les mardis de l’Oumupo.

5 Pour l’une de ces soirées, mon collègue et (à ma propre surprise) ami Jean-François Ballèvre m’a suggéré de nous pencher sur Antoine Reicha, compositeur quasi-oublié du début du XIXe siècle qu’il connaît bien et apprécie.

6 Curieuse personnalité que ce Reicha ; né à Prague en 1770 tout comme Beethoven (dont il sera l’acolyte inséparable pendant quelques années — ils seront notamment ensemble étudiants auprès de Haydn), il s’installe à Paris sous Bonaparte et se partage entre composition (avec des bonheurs variés : ses opéras, en particulier, font un pitoyable four) et enseignement : il est non seulement l’auteur d’une somme théorique et pédagogique, mais plusieurs grands compositeurs du siècle, tels que Berlioz, Liszt ou Franck, comptent parmi ses élèves et lui devront énormément.

7 Glissés au milieu de ses traités, de nombreux morceaux, exercices et fragments, témoignent de son insatiable curiosité et de son goût pour les expériences musicales, parfois poussées à la limite : modulations contraintes, enharmonies, palindromes, polymétries... Du grain à moudre pour les musiciens curieux (et à plus forte raison, oumupiens), d’autant que la première moitié du XIXe siècle n’est guère réputée pour son esprit ludique ou ses audaces de rigueur formelle. D’ailleurs, beaucoup de ces partitions sont peu connues, voire inédites ; il faut saluer à ce titre le travail de recherche de Jean-François Ballèvre, qui a copié un certain nombre de manuscrits de Reicha, et déniché des œuvres oubliées d’autres auteurs pour établir des parallèles intéressants.

8 Il y a là de quoi remplir de nombreux concerts (et c’est précisément ce que s’évertue à accomplir Jean-François, qui tente notamment d’organiser avec l’association Reicha un rendez-vous public annuel), dans un intérêt autant didactique que musical : à travers l’originalité d’Antoine Reicha lui-même, s’ouvre la possibilité de redécouvrir des principes élémentaires de l’écriture musicale occidentale, de l’harmonie tonale et du rythme, ainsi que toute son époque et ses influences — Haydn, ainsi, n’était pas le dernier à tenter des expériences musicales. En ce sens, la soirée que Jean-François Ballèvre accepta d’animer avec nous ce 3 mars 2015, n’offre qu’un aperçu restreint de ce qui pourrait être envisagé : de fait, nous fûmes contraints d’exclure de notre programme plusieurs œuvres qui en auraient par trop allongé la durée.

9 L’une de ces pièces auxquelles nous avons dû renoncer est un Allegro de Sonate pour deux pianistes se succédant tour à tour : l’un joue en Ré majeur, l’autre en Si bémol majeur (et il serait possible de mettre bout-à-bout toutes les répliques dans l’une ou l’autre de ces deux tonalités), mais malgré l’éloignement de ces tons, l’un et l’autre s’enchaînent de façon organique et naturelle pour le langage de l’époque.

10 Afin de trouver un numéro court et amusant pour clore notre programme, je fus donc tenté d’écrire un morceau qui non seulement ferait entendre ces deux tonalités en même temps, mais leur adjoindrait une troisième (Fa dièse majeur : en effet les trois notes sib, re, fad sont réparties de façon équilibrée sur l’octave, qu’elles divisent en trois intervalles égaux (de tierce majeure).

11 Comme nous étions trois (dont un prétendu non-pianiste en la personne de Martin Granger, ce qui est d’ailleurs bien moins vrai qu’il n’aime à le prétendre) et que nous ne disposions que d’un seul piano, la forme et la dramaturgie de la pièce étaient toutes trouvées. En effet, c’est presque une tarte à la crème des numéros-amusants-de-fin-de-concert que d’aligner plusieurs pianistes devant un clavier en les serrant comme des sardines, voire en leur demandant d’échanger leurs places en cours de route. (J’ai cru deviner que c’est notamment là une tradition du festival de piano de la Roque d’Anthéron, bien que n’ayant ni le loisir ni l’envie d’aller m’en assurer par moi-même.) On peut notamment se référer au célèbre Galop-marche à huit mains d’Alexandre-Jean-Albert Lavignac (c’est, ironiquement, la seule trace marquante qu’il ait laissée dans l’Histoire), ou plus près de nous au Ménage à trois de Jacques Castérède — que j’ai eu l’occasion de découvrir après avoir rédigé la présente partition.

12 Donc, voilà.

13 Valentin.


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