Jeudi 29 janvier.
Juste une petite note pour vous raconter une anecdote toute fraîche.
Aujourd’hui, grève générale ; je ne sais pas si tout le pays avait débrayé (je l’espère très sincèrement), mais il faut croire que nos affres et nos aspirations de justice sociale et de démocratie n’ont pas atteint la Suisse (ou que là-bas les gens s’en foutent, c’est possible aussi), puisqu’un journaliste de la radio Suisse romande m’avait fixé rendez-vous ce matin pour une interview radiophonique (par téléphone).
J’attends donc, en m’échauffant la voix à la manière des barytons (c’est-à-dire en faisant « hmm-hmm » une ou deux fois).
Drring.
— Allô, M. Villenave ? Oui, c’est la radio suisse romande.
— (Hmm-hmm) Bonjour.
— Alors, avant de commencer notre interview je dois vous expliquer le principe de notre émission : à la suite des interviews nous diffusons toujours un morceau de musique choisi par l’invité.
— Très sympa.
— Donc, pour que nous puissions nous préparer, je vous le demande dès maintenant : quelle musique avez-vous envie d’écouter ?
— (après un temps de réflexion) Eh bien écoutez, cela tombe très bien puisqu’en me levant ce matin je repensais à une chanson que nous avons chantée l’autre soir avec les chanteurs de l’opéra, ici à Montpellier ; il s’agit de la chanson King of Pain, du groupe Police.
Un temps.
— Aah. Euh… C’est impossible, M. Villenave… Vous comprenez, nous sommes une chaîne classique ; je me tourne vers mon collègue, quand même, pour lui demander… Euh, non. C’est absolument impossible.
— Ah… Je vois. Bon, c’est dommage. Alors, voyons voir… Pourquoi pas du Jazz, dans ce cas-là ? Il y a un groupe norvégien dont je suis fan, qui s’appelle E.S.T. et…
— Ah, vous aimez le jazz ? Très bien ; on va vous en trouver tout de suite ; un bon Louis Armstrong, par exemple…
— Euh, vous tenez vraiment à ce que ce soit moi qui choisisse ?
Et voilà. Compositeur contemporain, musicien classique, auteur d’opéra. Et une malheureuse chanson de Sting : impossible.
Ça ne rentrait pas dans leurs cases.
Valentin
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